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La Tournée des Patrons

Saint-Pierre-et-Miquelon | Un bout de France en Amérique du Nord

Balayé par les vents de l'Atlantique, à quelques encablures de l'île canadienne de Terre-Neuve, l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon amorce son réveil économique. Sur ses îles, cafés, restaurants, discothèques et hôtels balancent entre tradition et renouvellement de l'offre pour répondre à l'un des nouveaux leviers de croissance : le tourisme.

À peine débarqué sur le port de Saint-Pierre, certaines spécificités sautent aux yeux du voyageur, à l'instar des puissants pick-up garés dans les rues qui évoquent naturellement les États-Unis. Situé au sud du Canada, l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est le seul territoire français d'Amérique du Nord. Si l'architecture des maisons n'est pas très éloignée de celle que l'on peut voir à Terre-Neuve, les habitants de l'archipel se sentent cependant profondément français. Leurs ancêtres sont souvent venus de Bretagne, de Normandie et surtout du Pays basque ; des fêtes basques ont d'ailleurs toujours lieu à Saint-Pierre en été et un trinquet se dresse au beau milieu de la ville. Mais la proximité avec le Canada laisse des traces. Ici, on joue au hockey sur glace et même au base-ball. La population (un peu plus de 6 000 habitants) et les activités sont concentrées sur la plus petite île, Saint-Pierre. Miquelon, plus vaste, est en réalité composée de deux îles reliées par un isthme, avec Miquelon au nord et Langlade au sud. Dans cette contrée plus sauvage, on dénombre moins de 600 habitants. Au regard de sa population, l'archipel compte un nombre honnête de CHR, avec 12 restaurants, quatre bars et deux discothèques. Il faut ajouter à cela la présence de trois importateurs de boissons. Le nombre de CHR peut paraître important au regard du nombre d'habitants, mais avant 1992, la densité d'établissements était beaucoup plus importante. À cette époque, Saint-Pierre-et-Miquelon affichait l'opulence d'un port de pêche très fréquenté et on répertoriait une vingtaine de bars. Outre l'importante flotte locale, des chalutiers du monde entier venaient y décharger leur pêche à la morue. Un arbitrage international est hélas venu drastiquement réduire les zones de capture attribuées à la France dans cet archipel. L'économie s'est alors trouvée largement dépendante du soutien de la métropole. Pourtant, depuis quelques années, un vent entrepreneurial souffle sur ces îles, qui disposent d'un précieux ambassadeur en métropole : Annick Girardin, ministre des Outre-mer, qui s'affirme comme une infatigable VRP du territoire. Elle a notamment obtenu la mise en place de vols directs depuis la France avec Air Saint-Pierre et la compagnie ASL Airlines. Les billets d'avion s'arrachent depuis la création de la desserte et, par conséquent, la ligne mise en place à titre d'essai depuis deux ans sera prolongée pour les trois prochaines années, ouvrant ainsi au territoire de nouvelles perspectives. Le tourisme fait naturellement partie des pistes de développement, avec en ligne de mire les proches voisins de Terre-Neuve. La ville de Fortune (Canada) est à une heure et demie en bateau. 10 000 touristes étrangers (hors métropole) visitent Saint-Pierre-et-Miquelon chaque année. Mais certains voient plus loin et rêvent de convaincre les Métropolitains de venir découvrir la beauté des paysages de l'archipel. D'ailleurs, Christian Mantei, président d'Atout France, qui était en déplacement à Saint-Pierre au mois de septembre, s'est déclaré conquis et bien décidé à promouvoir cette destination à l'international.

A retrouver dans cette Tournée des patrons :

L'Auberge des quatre temps, l'option gastronomique

Txetxo, l'ambiance autour du comptoir en formica

Reste à développer les structures locales. Les 150 chambres d'hôtel apparaissent insuffisantes. Mais au-delà de ce constat, il est nécessaire aujourd'hui d'impliquer les acteurs de CHR dans ce nouveau défi. Patricia Orsini, hôtelière-restauratrice à Miquelon, à L' Auberge de l'île, a bien compris l'intérêt de jouer la carte touristique. Elle propose parallèlement des circuits pour découvrir les aspects sauvages de l'île, comme le Grand Barachois et ses colonies de phoques. À Saint-Pierre, Maïté Légasse, cousine du célèbre critique Périco Légasse, a récemment effectué un stage à Ferrandi pour ouvrir Ma P'tite Cocotte, un restaurant-salon de thé de 35 places assises. Par cette initiative originale, cette ancienne attachée parlementaire se démarque de l'offre traditionnelle. Les établissements locaux sont en effet ancrés dans la vie des îliens. Leurs devantures sont très discrètes et il faut y regarder à deux fois pour apercevoir le nom de l'enseigne. Et même dans les pires conditions météorologiques, peu de patrons s'aventurent à baisser le rideau avant l'heure officielle de fermeture.

Maïté Légasse, restauratrice

L'enjeu des boissons

À la carte, les produits locaux sont à l'honneur : cabillaud, encornet, homard en saison et crabe des neiges, coquille Saint-Jacques ( placopecten magellanicus d'aquaculture), canard et foie gras, agneau, œufs ou encore fromage de chèvre… Le reste de l'offre alimentaire est issu d'importations essentiellement en provenance du Canada voisin, tout comme les boissons, acheminées vers Saint-Pierre en bateau. Propriétaire de plusieurs établissements CHR, Alain Siousse est également à la tête de la CIA (Comptoir d'importation des alcools), l'une des trois entreprises d'importation de boissons de l'archipel. C'est à partir de cet outil stratégique qu'il a créé son petit empire. À ses débuts, l'entrepreneur a réussi une percée dans ce commerce en allant négocier aux Pays-Bas, directement avec Heineken, un accord de distribution exclusif. « De 900 caisses d'Heineken durant la première année, nous sommes passés à 10 000 caisses par an dix ans plus tard, puis à 16 000 caisses par an aujourd'hui », rappelle l'homme d'affaires. Sur l'île, jusqu'à peu, les ventes de bière se faisaient exclusivement en bouteilles, car il n'était pas rentable d'organiser le va-et-vient des fûts ou de garantir les sanitations. Mais désormais, dans son bar Le Rustique, Alain Siousse propose de l'Heineken en pression grâce à des fûts de 5 litres et projette d'utiliser l'année prochaine une installation pression pour fûts de 20 litres jetables. La solution des fûts recyclables est celle retenue par la brasserie du fond de l'Anse, à Miquelon, où Gwenaël Michel et Laura Bertrand produisent depuis quelques années la Miqu'ale. Cette bière, largement diffusée en bouteille, est désormais aussi disponible en fût jetable. Plébiscitée par la plupart des points de vente de l'île malgré un prix largement supérieur aux bières d'importation, la Miqu'ale est fréquemment en rupture de stock. Aussi le couple envisage-t-il d'agrandir son installation en la dotant d'une capacité de production de 800 hl/an. Un succès qui est symptomatique du réveil économique de l'archipel.

Gwenaël Michel, brasseur.





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