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Profession

Interview | Florence Châtelet Sanchez : « Mener une révolution avec les chefs et non contre eux »

Florence Châtelet Sanchez, PD-G de Maison By DEHESA et qui a porté plainte pour « viol et agressions sexuelles » contre le chef doublement étoilé Guy Martin (Le Grand Véfour, Paris), lance l'association "Respecte ta cuisine", pour une cuisine inclusive et solidaire.

Vous avez porté plainte pour viol contre le chef Guy Martin en décembre dernier, est-ce l'élément déclencheur de la création de votre association ?

Florence Châtelet Sanchez : C'est en effet l'élément déclencheur. Je n'ai aucun passif militant féministe, cette affaire m'a amenée à faire des rencontres et j'ai réalisé qu'il y avait une urgence. Il y a beaucoup d'attente de la part d'hommes et de femmes comme en témoignent les nombreuses réactions que j'ai reçues de leur part. J'ai toujours cultivé le secret, j'en avais ras le bol d'observer depuis dix ans cette violence en cuisine sans que personne n'en parle. Alors en franchissant le cap, c'est une façon de dire que oui elle existe. Et cela m'a demandé beaucoup de courage, d'autant plus que j'ai pris la parole le jour où on a appris le suicide du chef japonais Taku Sekine [30 septembre 2020, NDLR] . Mon témoignage n'a quasiment pas été relayé par la presse spécialisée. J'ai réalisé toutefois que la dénonciation ne suffit pas, le mouvement comme Me Too a libéré la parole, mais il faut passer à l'action. D'où l'idée de créer Respecte ta cuisine. On souhaite partir à la rencontre des chefs, des écoles de cuisine et des journalistes, on veut tendre la main plutôt que montrer du doigt, l'idée est de rallier la profession. Il ne s'agit pas d'un combat contre les hommes, mais d'une lutte menée par les femmes pour tout le monde.

Comment expliquez-vous cette omerta qui règne encore dans les cuisines ?

Il y a deux raisons, la première est d'ordre culturel. Le monde de la gastronomie est régi par un modèle où on a créé des élites avec un fonctionnement pyramidal où l'on est tous solidaires. Si un membre est fragilisé, on le protège, c'est très corporatiste. Le chef est le roi soleil de la cuisine, le tout puissant qui symbolise le système autocratique. La seconde explication se trouve dans la peur du jugement mais aussi l'idée de ne pas se sentir légitime pour parler, ne se considérant pas soi-même comme exemplaire. D'où l'idée de créer un label, la « Marianne de la cuisine équitable » qui vient récompenser les efforts des chefs. L'enjeu est de les auditer et de les former aux règles de bonne conduite dans leur cuisine en matière d'égalité et de respect entre les hommes et les minorités, sur la base du volontariat.

Qu'attendez-vous de ce label ?

Qu'il devienne une fierté pour un chef et qu'il l'accroche sur son mur comme une étoile Michelin. Il faut le faire reconnaître par l'état, c'est un gros chantier. La clientèle est aujourd'hui en attente d'un bon plat réalisé de la bonne manière, ce label a vocation à apprendre les bonnes pratiques, donner de nouveaux réflexes.

Quels autres outils déploie l'association ?

Nous disposons d'une helpline, un numéro d'écoute et de soutien psychologique tenu par des bénévoles de la cuisine qui ont été formés par des psychologues du monde du féminisme militant. Nous proposons également un accompagnement juridique : l'association peut mener une action en justice en se constituant partie civile. Souvent les victimes renoncent à porter plainte pensant que c'est très compliqué. Si je n'avais pas rencontré mon avocate, je ne suis pas certaine que je serais allée jusqu'au bout. Si l'accompagnement des victimes est fondamental, la valeur ajoutée de l'association est de se rendre sur le terrain, dans les écoles et les cuisines. L'association dispensera des formations gratuites de sensibilisation au processus de la violence en cuisine. Elle a vraiment pour but de mener une révolution avec les chefs et non contre eux.

Êtes-vous soutenue dans la création de cette association ?

Oui par plus de 350 chefs. La marraine est Alexia Duchêne, elle-même victime d'un viol et l'une des premières à avoir eu le courage d'en parler et qui a gagné son procès, c'est fondamental d'aller au bout du processus et ne pas s'arrêter à la dénonciation. Quand j'ai effectué la même démarche, l'idée n'était pas de me venger mais de me réparer, l'étape de la justice est cruciale. Le parrain est le chef 3 étoiles Arnaud Lallement. Nous sommes aussi soutenus par Wassyla Tamzali, la dernière figure du militantisme féministe français des années 1960-1970. Ces femmes ont agi pour les hommes et non contre eux, c'est un militantisme républicain non violent.

Site web de l'association : www.respectetacuisine.com

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