Food & Drinks

L'actualité en bref

La Tournée des Patrons

Sélection Equipement & Services

Consentement d'utilisation des Cookies

J'accepte Notre site sauvegarde des traceurs textes (cookies) sur votre appareil afin de vous garantir de meilleurs contenus et à des fins de collectes statistiques.Vous pouvez désactiver l'usage des cookies en changeant les paramètres de votre navigateur. En poursuivant votre navigation sur notre site sans changer vos paramètres de navigateur vous nous accordez la permission de conserver des informations sur votre appareil. Politique de cookies

Reportage

Rencontre comptoirs et territoires | L'heure de la reconquête des centres-villes a sonné

France Boissons a organisé à Orléans la sixième rencontre Comptoirs et territoires autour des CHR implantés en centre-ville. À l'instar des établissements ruraux, ceux-ci sont à leur tour touchés par une désaffection de la clientèle. Les élus, conscients de l'acuité du problème, essaient de trouver des solutions avec les exploitants.

Si les élus ont pris la pleine mesure de l'impact social découlant de la disparition des cafés en milieu rural -et tentent d'y remédier -, voici que la question de la désertification des centres-villes s'invite dans le débat. Le distributeur France Boissons tire la sonnette d'alarme. Ses clients cafetiers exerçant dans des villes de petite et de moyenne taille sont à leur tour touchés par une baisse d'activité, largement imputable à la perte d'attractivité des centres-villes. Dès 2016, la filiale distribution de Heineken France organisait, dans des territoires ruraux, des rencontres, intitulées Comptoirs et territoires , entre élus locaux et propriétaires de CHR de zones désertifiées pour leur permettre d'échanger sur les difficultés existantes dans l'exercice de leur activité. Cette année, léger changement de cap. « Le nouveau cycle de rencontres va se pencher sur les problèmes rencontrés dans les zones urbaines », explique Franck Fléchard, directeur de la communication de France Boissons. La première conférence de cette nouvelle ère a eu lieu à Orléans, le 21 juin dernier. Au sein de la brasserie Studio 16, élus locaux et cafetiers ont confronté leurs ressentis et leurs expériences.

RÉÉQUILIBRER LES RÈGLES DE CONCURRENCE

Premier constat, la cité johannique enregistre une baisse d'activité générale dans ses commerces de centre-ville. Les exploitants de CHR évoquent plusieurs causes. L'une d'elles concerne les quais de la Loire qui accueillent des établissements saisonniers de vaste capacité en été. S'ils contribuent à l'attrait touristique général de la cité, ils détourneraient néanmoins la clientèle du centre-ville. « Nos terrasses perdent 20 à 30 % de chiffre d'affaires durant l'été, accuse Christophe Laurent, gérant du Reinitas à Fleury-les-Aubrais, commune limitrophe de la ville. On réclame de l'animation et on nous apporte de la concurrence. » François Foussier, l'adjoint au maire d'Orléans chargé du commerce, entend les reproches des exploitants et a conscience qu'il est désormais nécessaire de rééquilibrer les règles de concurrence. Il s'est ainsi déclaré ouvert à l'examen de pistes comme une obligation de fermeture anticipée le soir pour ces établissements saisonniers, et la délivrance de licences III plutôt que de licences IV, comme c'est le cas actuellement.

Cela permettrait de réserver certaines prérogatives, tel le service des cocktails, aux établissements du centre-ville. Si le dialogue est productif, certains problèmes semblent insolubles, parmi lesquels le plan de circulation et le stationnement qui cristallisent bien souvent la grogne des commerçants. À Orléans, le durcissement des verbalisations pour stationnement gênant affecterait la fréquentation des établissements, rapportent certains patrons.

La brasserie Studio 16

DES LEVIERS D'ACTION

Quelles que soient leurs étiquettes politiques, les élus manifestent leur attachement à leurs cafés et font de gros efforts pour les sauvegarder. Marc Gaudet, le président du conseil départemental du Loiret, a ainsi fait jouer le droit de préemption commercial de la commune lorsqu'il était maire d'Ascoux (1 000 habitants). En revanche, le vice-président de la chambre de commerce et d'industrie du Centre-Val de Loire, Yvan Saumet, n'exonère pas totalement la responsabilité des hommes politiques dans l'érosion de l'attractivité des centres-villes. « Depuis les années soixante, la rentabilité au mètre carré des commerces de centre-ville décline régulièrement. Au lieu de maintenir les équipements structurants dans les villes, on les a déplacés en périphérie, là où le prix du foncier est plus accessible.

Le développement des hyper marchés et des zones commerciales a été permanent.

LES CAFÉS DOIVENT S'INTERROGER SUR LEUR ÉVOLUTION, RETROUVER LE LIEN AVEC LA CLIENTÈLE D'AFFAIRES.

Les freins sont faibles, même avec les commissions départementales d'aménagement commercial (CDAC), aujourd'hui 85 % des projets sont acceptés même si leur viabilité est parfois discutable. » Certains professionnels, comme le représentant local de l'Umih, estiment que la profession doit s'interroger sur son rôle : « Le café comme dans le temps c'est fini, il faut le redéfinir au-delà de la vente de boissons. » De fait, les indépendants sont le plus souvent totalement absorbés par une gestion quotidienne de plus en plus contraignante et n'ont pas le temps d'explorer de nouvelles pistes de salut. « S'il n'y avait pas Service en tête, je serais mort, assure Laurent Thébault, de la Cigogne à Orléans. Ça coûte 700 euros/ an, mais je n'hésite pas. » Franck Fléchard corrobore : selon ses calculs, le chiffre d'affaires moyen des adhérents de Service en tête évolue six points au-dessus de la norme nationale. Le conseil, le partage d'expérience, le dialogue avec les pouvoirs publics, paraissent en effet constituer des pistes de reconquête. Mais, plus globalement, les cafés doivent s'interroger sur leur évolution, retrouver le lien avec la clientèle d'affaires grâce à une approche du coworking notamment. Ils doivent se préparer à négocier, dans les meilleures conditions, le virage du numérique qui pourrait finalement leur permettre de nouer un lien avec une nouvelle clientèle.

NOTES

1 Ces rencontres sont coorganisées avec l'Association des petites villes de France, l'Association des maires ruraux de France, l'association Centre-ville en mouvement et la start-up eTerritoire.

2 Loi n° 2014-626 du 18 juin 2014, dite loi Pinel, relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises.

Toute cession de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux intervenant dans le périmètre de sauvegarde du commerce de proximité, délimité par délibération du conseil municipal, peut faire l'objet d'un droit de préemption de la commune ou d'un établissement public de coopération intercommunale (EPCI), c'est-à-dire du droit de l'acheter en priorité pour le rétrocéder à un commerçant ou un artisan.

3 Un fab lab (contraction de fabrication laboratory ou laboratoire de fabrication) est un lieu ouvert au public où sont mis à sa disposition toutes sortes d'outils, notamment pilotés par ordinateur, pour la conception et la réalisation d'objets.

Repères

7 493 défaillances de CHR en 2017

5 685 restaurants ont fermé en 2017 (- 6,6 % vs 2016)

1 267 débits de boissons en moins (+ 5,3 % vs 2016)

Source : Bilan 2017, Altares


Le plan du gouvernement

Sous-titré « Inventons les territoires de demain », le plan national Action cœur de ville, doté de cinq milliards d'euros, entend redynamiser les centres des villes moyennes. « Elles concentrent 23 % de la population française et 26 % de l'emploi », a rapporté le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard. En mars, il a dévoilé la liste des 222 villes retenues pour préparer leurs projets de développement. Habitat, commerce, création d'emplois, transports et mobilité, offre éducative, culturelle et sportive, développement des usages des outils numériques…le programme doit permettre en cinq ans de modifier durablement le visage des agglomérations françaises. Un portail dédié www.entreprises.gouv.fr/coeur-de-ville a été créé avec mise à disposition d'outils.