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Reportage

Covid-19 | La fermeture des restaurants français profite aux espagnols

Avec des mesures sanitaires disparates entre la France et l'Espagne, le col d'Ibardin, point de passage de la frontière au Pays basque, donne lieu à un scénario ubuesque. L'interdiction d'ouvrir provoque colère et incompréhension chez les Français quand leurs collègues hispaniques sont ouverts sur le trottoir d'en face.

D'un côté, des voitures garées par centaines et des restaurants bondés ; de l'autre, des rideaux métalliques baissés. Au col d'Ibardin, au Pays basque, une ligne imperceptible prend toute son importance en période de pandémie. La frontière franco-espagnole coupe la route dans sa longueur et divise les commerçants de ce centre commercial à ciel ouvert. À gauche, l'Espagne ; à droite, la France. Entre les deux, des décisions sanitaires divergentes dont profitent les restaurateurs hispaniques *. « Nous avons fait un mois de janvier incroyable, peut-être le double voire le triple de l'année dernière, assure Aielen, la gérante du restaurant espagnol Gora. D'habitude c'est une période très calme, là, nous avions du monde tout le temps, surtout les week-ends. La fermeture des restaurants français a forcément joué un rôle mais c'est une année bizarre, il n'y a pas vraiment de règle. »

En effet, les établissements français, situés à 2,50 m de la frontière espagnole, sont fermés depuis le 29 octobre, les Espagnols ont pu rouvrir le 17 décembre après une période de confinement(le 23 janvier, la communauté forale de Navarre a de nouveau annoncé la fermeture de l'intérieur des établissements en gardant la possibilité de servir en terrasse avec un couvre-feu imposé à 23 h). Une tendance confirmée par la responsable d'un autre restaurant espagnol, souhaitant rester anonyme : « Nous avons plus de monde que d'habitude sur cette période, particulièrement les week-ends. L'affluence dépend beaucoup de la météo, mais nous avons eu quelques grosses journées de travail en janvier. »

L'afflux d'une nouvelle clientèle

Nombreux sont les visiteurs à arpenter la petite route sinueuse montant au col depuis la commune française d'Urrugne. Si certains viennent du Pays basque, d'autres n'hésitent pas à faire plusieurs heures de route pour retrouver un plaisir simple dont les Français sont privés depuis des mois : celui de s'attabler au restaurant. « Cela fait du bien de pouvoir retrouver, le temps d'un instant, un semblant de vie normale », concède Jérémy, venu des Landes. Dans un second établissement, un groupe d'amis biarrot, tous âgés d'une trentaine d'années, a pris l'habitude de venir une fois par semaine depuis la réouverture. « Nous sommes restaurateurs et amateurs de bons produits, on profite de s'asseoir à table, de se faire servir », explique l'un d'entre eux. Un supplément d'activité bienvenu pour les restaurateurs espagnols après avoir été, eux aussi, fermés pendant quatre mois en 2020, notamment en fin d'année.

« Normalement, nous sommes fermés en janvier car l'activité est faible mais cette année, on ne pouvait pas se le permettre », confie Imanol Sanchez, associé de la Venta Mendimendian. Et d'ajouter : « Nous avons plus de monde mais moins de tables avec la distanciation sociale, c'est difficile d'estimer la différence par rapport aux années précédentes. » En plus d'une capacité d'accueil réduite, les restaurateurs ont également observé un manque à gagner avec la baisse des groupes touristiques. Habituellement les clients venus en autocars de Bordeaux, de Toulouse ou des Landes représentent une partie importante de leur chiffre d'affaires.

« Seulement 10 % des bus circulent depuis un an, les transporteurs peinent à remplir les places », relate la gérante d'un établissement espagnol, confirmant « l'arrivée d'une nouvelle clientèle, beaucoup plus jeune » . Si cette situation profite, pour l'instant, aux patrons espagnols, elle n'est pas évidente pour autant. Tous craignent un troisième confinement en Hexagone, qui leur ferait perdre 95 % de leur clientèle. « Si la France est confinée, on peut fermer aussi, assure Esperanza Marticorena, gérante de Biok depuis 40 ans. Nous sommes tributaires des décisions des deux pays qui ne se mettent pas d'accord. »

« Ça fait mal au coeur de voir ses clients manger en face »

Sur le trottoir d'en face, les ardoises indiquent encore les prix des plats du jour, les menus toujours apposés sur les tables, comme s'il avait fallu quitter précipitamment les lieux. « Les restaurateurs ressentent une profonde injustice de voir les “ventas” de Navarre ouvertes. On se trouve face à une situation ubuesque où, sans le moindre test ni contrôle, on peut passer la frontière pour aller déjeuner au restaurant », constatait André Garreta, président de la CCI Pays basque, au journal Sud-Ouest au début janvier. De son côté, Arnaud de la Rosa, patron du restaurant Bichta Eder, regrette un manque de coordination. « Il n'y a aucune politique commune, un coup ils ne peuvent plus travailler, ensuite c'est nous. Tout le monde se renvoie la balle, c'est aberrant. »

Guy-Philippe Madrid, le responsable du restaurant français Aurrera, inquiet pour les finances de son établissement, avoue néanmoins avoir profité - une semaine seulement - de la fermeture des restaurants espagnols en octobre *. Lui qui enregistrait une quarantaine de couverts par jour à la même époque en 2019, a reçu 100 à 140 clients chaque midi : « On a eu une hausse d'activité énorme. Un samedi, j'ai fait 157 couverts, c'était mon record ». Mais « le problème n'est pas que les restaurants espagnols soient ouverts, c'est qu'il n'y ait pas de consensus européen sur cette gestion de crise. Ça fait mal au cœur de ne pas pouvoir travailler et de voir ses fidèles clients manger chez le collègue d'en face », regrette le restaurateur, néanmoins optimiste, qui espère une réouverture à Pâques. Et Arnaud de la Rosa de conclure : « Un commerce fermé, on n'y revient pas, on change d'endroit. »

NOTE * Les restaurants de Navarre ont fermé du 22 octobre au 17 décembre à la suite d'un confinement de la région. Les Français sont restés les seuls ouverts du 22 octobre au 29 octobre, date du deuxième confinement en France. Depuis, ils sont fermés et ce, jusqu'à nouvel ordre.

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